9 et 10 mars Pakse
Le 9 mars est disparu dans la brume. Le bureau de tourisme est fermé, les rues sont vides, chaleur étouffante, le chum est brulé par sa nuit, vu qu’un wat, le Wat Luang au cœur du centre-ville, serait le plus grand temple et le plus beau, ouin, ne trouve rien d’autre. Une soupe dans un petit centre d’achats crade et retour à la gh. Steve se faufile dans la chambre, je rejoins un couple de Norvégiens pour me rendre compte qu’il ne revient pas, je crois qu’il est « mouru ».
Je placote avec les jeunes pendant une couple d’heures. Prend les infos auprès du gars du gh pour les visites que je désire effectuer. Il est 15h, le chum vient me rejoindre. Maintenant, faut mettre en plan les prochaines journées, calculer notre argent en kips, en riels et en US pour le Cambodge.
Steve me demande le nom des jeunes. C’est drôle comment on peut parler avec du monde sans même se préoccuper de leur nom. Ben non, nous n’avons pas échangé nos noms. Pas important! C’est l’échange qui l’est.
10 mars
Lever 7h. Je rejoins Lana et Daniel. Eh oui, ils m’ont donné leur nom afin que je donne de leurs nouvelles à un proprio de gh aux 4,000 iles si nous créchons à cet endroit. Lana a été très malade pendant deux semaines avec fièvre et a dû quitter précipitamment et annuler toutes leurs excursions pour un retour sur Pakse pour des prises de sang : rien de trop grave, bactérie dans l’estomac.
Steve se lève vers 8h. On part vers 9h30 après le tour des médias sociaux. On se rend à la banque. Pas possible d’y retirer des riels. Pas possible d’avoir une avance de fonds sur la carte de crédit. En plus, elle nous charge 7.20$. Ouch! Je dois les appeler qu’elle me dit. Je ne sais quel est le problème. Je commencerai par jeter un œil sur tous mes comptes. Ok, cela sera la carte bancaire, je dois utiliser le DAB. On sort, il ne fonctionne pas. Il y en a un autre tout près. Réessaie la carte de crédit. Normalement, par ATM, cela fonctionne, mais même le DAB refuse. On sort l’argent de notre compte, les frais ne sont que de 2.50$ environ, mais on ne peut sortir qu’un million à la fois (150$), mais plusieurs fois de suite. C’est trop con, naturellement, on paie les frais à chaque fois. On se rend au comptoir d’échange pour des riels. Plein de monde et les files, ils ne connaissent pas. On se tanne et on part.
Maintenant, location de moto. On veut pratiquer avant d’entreprendre notre randonnée de deux jours sur le Plateau de Boloven. Moi, pas très sécure, Steve, pas très sûre de moi. Première fois ensemble sur une moto. Moi, ma nervosité sur les routes et Steve ne faisons pas bon ménage sans compter la conduite folle en Asie. Par contre, Paksé et les alentours n’est pas Vientiane, la capitale.
Premier arrêt, on est prêt pour le deal. On exige le dépôt de notre passeport. On lui montre notre carte plastifiée et il refuse. Parfait, on ira ailleurs. Notre peur, c’est que cela soit partout pareil. On arrête chez Avis, que des autos. Il nous montre un peu plus loin. Nous v’là en face de notre gh, celui-là même que nous avions visité auparavant. 70,000 kips par jour. Je lui demande pour trois jours, il calcule, résultat 21,000 kips. Euh… same-same, jeune homme, no deal pour 2-3 jours? Je lui précise qu’ailleurs, c’est 50,000 kips par jour pour 3 jours. Allez, on chercher ailleurs et trouvons enfin à notre prix. Il remet une feuille à remplir, je dépose la carte plastifiée sur le bureau sans un mot. Je dis à Steve de ne rien lui préciser à ce sujet. Il prend la carte, la tourne dans tous les sens, la montre à son confrère, ils échangent, nous, on ne cesse de lui poser des questions afin de le distraire. Hi! Hi! Finalement, je le vois photocopier la carte qu’il gardera et nous remettra au retour du motorbike, j’imagine, il ne faut pas que j’oublie de la lui demander.
Le départ est peu assuré que ce soit pour le conducteur ou pour la passagère. Steve doit s’habituer aux dépassements constants sur la droite entre deux, trois véhicules ou motos, au gars qui nous arrive en pleine face et qui continue à rouler sans changer de voie, l’autre qui arrive aussi en face en plein dépassement, au stop que nous sommes les seuls à effectuer, les camions qui tournent ou qui s’engagent sans ralentir même s’ils te voient arriver à ta pleine vitesse, aux bœufs, aux vaches, à leurs petits en plein centre-ville, aux chèvres, aux routes pleines de trous, à la construction des routes, aux autobus qui roulent en malades, à la poussière, aux énormes pof d’huile ou d’essence sortant des pots d’échappement et quoi encore… Je dois en oublier.
Steve s’en sort bien et prend rapidement de l’assurance. Suffit de garder le bas-côté de la route afin qu’on nous dépasse sans encombre, qu’on pèse sur le gaz à notre tour pour dépasser avec un p’tit coup de klaxon afin d’avertir le dépassé.
Première destination : Ban Saphai pour un village de tisserands. On s’arrête pour s’assurer que nous sommes sur la bonne voie. Ouf! Pas d’erreur et, au moins, l’endroit est affiché. Mais… mais… pas grand-chose. On arrive en même temps qu’un songthaew avec deux katoys. L’un d’eux me demande si l’on désire traverser. J’apprends alors que nous sommes en face de l’ile Don Kho où est aussi pratiqué le tissage.
Par contre, pas grand-chose au village. Une cabane avec quelques produits vus un peu partout, deux-trois tisserands. On part à pied dans la rue voisine, pas d’activité de tisserands, très peu de personnes dans leur cour, rien à faire vraiment à part photographier le gros buffle, qui me fixe intensément, je me cache derrière une enseigne et je lui dis de ne pas bouger, le Lao, qui écoute la télé devant son resto ou je ne sais trop, se marre. La femelle et son petit me semblent moins apeurants.
On rencontre une Espagnole sur la route depuis deux mois et qui le sera jusqu’à temps que l’argent vienne à manquer pour un total de six mois. Cela m’épate tous ces gens sur la route pour plus de quelques semaines. Il en pleut. Elle nous fait part d’un endroit sur le retour où on scuplte les boudhas. Elle nous montre un plan. On part avec cela en tête.
Faut trouver une station de gaz d’un côté, un terminus de l’autre. On trouve plein de stations de gaz, mais pas de terminus. Alors, on roule et on roule. Tout à coup, je remarque une dame qui court pour embarquer dans un bus de locaux. Oh! Une station de bus, en face, station de gaz. Je crois qu’on y est et fait signe à Steve de tourner la prochaine rue. Rien n’est affiché. On roule sur la route de campagne et cela y est, on voit plein de cours où on produit les boudhas, des produits terminés, peinturés ou non, des blocs pas entamés. Spécial! Au loin, j’entrevois le haut d’un immense bouddha. Go, Steve, on s’y dirige. Wow! Majestueux! Je débarque visiter. Très impressionnant! Je me rends compte que c’est le wat que je voulais visiter sur le chemin du village de Saphay, wat Champet. Nous n’aurions jamais trouvé sans cette rencontre fortuite avec la demoiselle que nous rencontrons sur la grande route et à notre retour sur la route de campagne. On s’arrête pour lui confirmer qu’elle est sur la bonne voie et que cela vaut la peine.
À l’intérieur du bouddha, j’entre et une « moinesse » (??), habillée en blanc, assise sur le sol, entourée de plats emplis de « babioles », désolée pour mon ignorance ou pour le côté irrévérencieux du terme, me fait signe de m’approcher et me montre les bracelets de corde qu’elle tient en main. Je m’agenouille respectueusement, la regarde dans les yeux. Elle fait un signe sur ma main avec les trois bracelets colorés dans les tons de rose et d’orange, retourne mon poignet, un autre geste accompagné de parole que je ne saisis pas naturellement, j’imagine des prières. Je la remercie, kop chaï laï laï, et la salue de mes deux mains collées devant mon visage le plus haut possible pour lui montrer mon respect, recule, toujours agenouillée pour, enfin, me relever lorsque je quitte le tapis.
Deux moines sont aussi présents. Eux signent ou écrivent des prières à l’arrière d’une photo d’eux devant le bouddha vendu à un kiosque à l’extérieur, semble très populaire selon le nombre de personnes qui s’y bousculent. Tout est relatif, car il y a peu de monde sur place, ce n’est pas la foule et pas un seul touriste caucasien. Nous sommes souvent toujours les seuls touristes en bien des endroits. Steve m’attend toujours et tout le monde le salue d’un sympathique sabaidee. Il me dit qu’il répond : ben oui, sabaidee, hestie! Ben oui que je le crois. Steve, je le répète, est très populaire en Asie. On le vénère. Hi! Hi! Ne reste qu’on lui flatte la bedaine comme les croyants frottent le gong après leur trois saluts et prières en essayant, je crois, de le faire chanter… comme mon bol chantant, enfin, j’imagine. Pas de guide, un peu difficile de tout comprendre. Intéressant de les voir se prosterner, saluer, prier, brasse la boite avec les bâtons afin d’en faire tomber un sur lequel apparait un no qui correspond à un papier où se retrouve des prédictions. Allez, j’ai tout deviné, mais ai-je vraiment raison?
Rebelote, on repart vers Pakse afin de repartir dans l’autre sens, vers le sud, pour rejoindre le site de l’Unesco de Champasak.
On roule et on roule et on roule. Faut s’arrêter pour boire, car l’eau est devenue bouillante. Au moins, sur la route, on ne subit pas la chaleur écrasante. Nous n’avons pas mangé encore de la journée. Il est 13h30. Rien à manger. On achète une bouteille d’eau, on se renseigne, nous ne sommes pas du bon côté.
Un garçon s’approche pour des sous, le seul mot que j’ai cru comprendre, c’est money. Je n’ai peut-être pas de cœur, mais les enfants accompagnés de leur mère qui les pousse surtout vers moi, la femme doit être plus sensible selon elle, c’est plutôt Steve à qui cela crève le cœur, les garçons qui s’agenouillent devant toi, l’homme ou la femme qui vient se lamenter pour de la nourriture que ce soit dans les restos, au gh, dans la rue, cela m’énerve vraiment.
On revient sur nos pas et décidons d’arrêter à une station de gaz, plusieurs personnes s’y trouvent. On devrait pouvoir nous renseigner. Je finis par leur faire comprendre ce que je cherche. Ils sont perdus sur la carte. Ils regardent du côté du plateau de Boloven dans le nord et mon Champasak est dans le sud. Pour les aider un peu, je leur montre l’endroit sur la carte. Rien à faire. Bredouilles qu’on est. On arrête plus loin. Une jeune fille parle un peu l’anglais et nous donne la direction. On prend cette nouvelle route. Et on roule et on roule et l’heure avance et la pluie s’y met. Première journée depuis notre départ où c’est partiellement nuageux. La pluie nous fait peur un peu avec les pneus de la moto. On décide d’arrêter, de regarder notre foutue carte où on ne retrouve aucun village rencontré sur la route. Nous sommes sur une route qui ne mène vraiment nulle part sauf une grosse cie. Trois femmes nous regardent de loin, mais n’offrent aucune aide. Il est déjà 14h35, on n’a toujours pas trouvé et on doit revenir avant la noirceur, c’est clair. On décide de revenir sur nos pas. On prendra la moto une journée de plus et on se réessaie demain.
On bifurque vers le stade pour se perdre un peu sur les routes, ce que j’adore, Steve beaucoup moins. Il dit que je m’organise pour nous perdre. Meuh non, c’est tout droit, on reviendra sur nos pas tout droit. Un homme nous crie : « Where are you going? » « I don’t know, nowhere. » C’est souvent ma réponse. Steve est tanné du nowhere... oh! Le joli pont de bois, allez, on le traverse. Rendus de l’autre côté, il en a marre et on rebrousse chemin.
On longe le Mékong. Faut manger. Tout le long, plein de gargottes de bois avec terrasse faisant face à la rivière. On spotte un endroit où il y a du monde. On s’installe. Une bonne bière. On mange quoi? Pas de menu, pas de photos, aucun touriste. Il y a une dalle de céramique sur la table. Intéressant! Un plat de terre cuite avec charbon de bois et un contenant est sur la table voisine. Il n’y a personne. Je lève le couvercle, renifle. Ouin, cela a l’air pas pire. Tout le monde mange ce type de repas. Va pour ce plat. On étudie les jeunes à côté afin de voir le procédé. Ok! Facile! C’est ce qu’on veut.
Un gros plat de chou, de fines herbes, un plat de languettes de porc, un œuf, des nouilles glacées. Dans le bouillon savoureux, des boulettes d’une viande x, qu’on retrouve souvent en brochettes sur le bord de la route, cela ressemble à du Pam, grosses tranches de ce qui semble de la viande au regard néophyte, mais qui semble plutôt être du gingembre, des feuilles de citronnelle, anyway, cela goute le citron (c’est aussi ce qu’on retrouve dans notre sac d’arachides, le gingembre et cette citronnelle??, same-same gout) et des tiges qui goute aussi le citron. On fout le tout dans le plat sur le contenant de charbon de bois, fait chaud, et on attend que le tout cuise un peu. On arrose d’une sauce rouge piquante. Le tout toujours servi avec baguettes et cuillère à soupe wonton. Je commence à être pas mal habile avec les baguettes. Pas trop le choix, car les nouilles avec la cuillère, pas fort. Je remarque que les Laotiens utilisent les baguettes pour emplir la cuillère. Euh… J’ai encore tout compris de travers. Moi, je continue ma pratique avec les baguettes.
Ce qui nous surprend au plus haut point, c’est la saleté du plancher. C’est rien! Les clients, la serveuse, tout le monde fout tout ce qu’ils ne veulent pas ou n’est plus utile pour la soupe sur le plancher ou en bas de la terrasse, tout y passe : baguettes, fines herbes, bouteilles de plastique, coquilles d’œuf, serviettes de papier. Nous sommes complètement éberlués. Je regarde en bas de la terrasse. Pas compliqué, ils brulent les déchets, c’est tout. Nous, notre culture nous en empêche. Je ramasse tout tout et dépose dans nos assiettes les cochonneries. Ils en feront ce qu’ils voudront, mais je ne me sentirai pas responsable de polluer leur environnement.
Retour à la location de motos, car la nôtre fait un drôle de bruit sur la route et on veut l’aviser que nous la prendrons pour une journée sup. Inquiétant si on se retrouve sur le plateau de Boloven loin de tout. Aucun problème, il nous la change pour une flambant neuve. On est super contents, mais on se rend compte qu’on vient de perdre le gaz de notre réservoir. Bon, ce n’est que quelques dollars et nous sommes maintenant en Cadillac. Recherche d’une station pour emplir notre réservoir pour la randonnée du lendemain.
Nous décidons d’acheter des masques. Après avoir adopté le parapluie pour le soleil, j’avais dans la tête de me procurer un masque. La ride d’aujourd’hui nous a convaincus. Au resto, je me suis lavée les mains et le visage avec une lingette. Wow! Rouge de saleté! Toute cette poussière et les effluves de gaz et d’huile constants sont étouffants. Nous en avons acheté quatre. De plus, le couple de Norvégiens nous a conseillé le port du bandana dans le visage pour le plateau et les deux jours de moto que nous y passerons. On est maintenant équipé comme les Asiatiques. À Rome fais comme les Romains.
J’ai une camisole que je porte constamment, car il fait trop chaud. Je regrette tellement de ne pas en avoir apporté d’autres. Je la lave à tous les soirs. Ce soir, ouf, je croyais ne jamais finir de frotter ici ici ici encore, tellement sale. Je n’ose imaginer le pantalon convertible, que je mets pour la première fois, moto oblige. Je l’ai transformé en ¾, pas en short, ben trop peur de planter en moto, mais trop chaud pour le garder pleine longueur. Sauf que le laver, pas sûr qu’il sera sec pour le lendemain. Alors, cela sera le même pantalon pour quatre jours. Je n’ai pas hâte de voir la couleur de l’eau : rouge, noir, brun… Au moins, on peut laver notre corps à tous les jours pour se débarrasser de la crasse. C’est une jouissance la douche.
Bisous bisous.